Chapitre 1 : La larme de Loa

Un aventurier-écrivain boit du thé à la bergamote. Enfant, il ne sait pas qu’il est promu à un destin fabuleux. Son entourage aura tendance à le déconsidérer, parce qu’il paraît distrait et différent des autres. Le jeune aventurier est doté d’un sens aigu pour percevoir les mystères qui nous entourent, alors que d’autres ne pourront jamais les voir, ni même les imaginer. Souvent, il se sentira isolé par ces différences. Pour comprendre le sens de ses agissements, il faut d’abord l’aimer pour ce qu’il est, puis de s’intéresser à ce qui attire son attention. Ses origines lointaines, viennent des débuts de l’humanité. Une espèce humaine nommée : Homo-Aventurus-Bergamotus qui a mystérieusement disparue, mais Ils se seraient métissés avec Homo-Sapiens, ainsi perpétuant son existence, à travers le temps, en nous offrant des êtres si différents, si curieux et si insaisissables, d’où les grandes migrations soudaines de nos ancêtres. L’histoire de leurs vies défiera toutes probabilités. Vous souhaitez savoir, si vous êtes un descendant d’Homo-Aventurus-Bergamotus. Pour cela, il suffit de goûter un thé à la bergamote (bien préparer). Attention ! une fois la première gorgée bue, il est impossible de revenir en arrière. Les mystères vont accroître leur pouvoir sur votre curiosité. Il est important de souligner que, comme la chenille deviendra un papillon, l’aventurier qui sommeille « peut-être en vous », apparaîtra sous une forme différente pour chacun. Je dois vous mettre en garde, veuillez lire attentivement le récit de Yon l’aventurier-impertinent, cela vous fera réfléchir sur les risques.

La larme de Loa

il y a fort longtemps, une époque où les peuples étaient esclaves des rois puissants. Dans une des régions les plus chaudes de la planète, où la température pouvait atteindre cinquante degré le jour. Yon, un aventurier-impertinent, un jeune garçon plein d’adresse et de malice, qui vivait avec son père et sa mère, dans une cité renommée pour les faits que je vous compte: Larme-de-Loa. Les habitants servaient le roi en travaillant à la construction d’immenses temples, palais, monuments et autres choses inutiles mais indispensables. Le père de Yon, surnommé Otapou (hippopotam-volant), était forgeron, spécialisé dans la réparation des outils pour tailleurs de pierre à mains nues ; sa mère Nénuf, tisserand, spécialisée dans la toile de trampoline (les trampolines servaient à faire rebondir un ouvrier qui faisait une chute de plus de cinq mètres et grâce au rebond, il retournait aussitôt à son poste de travaille). Chacun se comportait avec le plus grand respect des lois. Être esclave était naturel pour ces gens, c’était la place qu’ils avaient dans la grande aventure humaine, car de père en fils et de mère en fille l’éducation leur apprenait cela, c’était le progrès, les protégeant du pire, comme les guerres, la famine, les maladies, l’oisiveté, la sécheresse… Vous le savez certainement, l’eau est un bien précieux, mais dans cette région, elle est le centre des préoccupations, surtout des gens pauvres. Yon travaillait comme remplisseur d’eau pour la fontaine des jardins du roi. La fontaine était magnifique, une œuvre d’art, on l’appelait la fontaine Cola, mais elle ne retenait pas l’eau. Il fallait chaque jour, compléter ce qui manquait, c’était le travail de Yon. À l’aide d’une jarre, qu’il partait remplir à la source appelée « Larmes de cristal », tellement elle était pure. Cette source, seul le roi, ou sur un ordre du roi, on pouvait s’en approcher, à moins de risquer sa vie.

Un soir, avant de se coucher, Yon prépara un thé à la bergamote qu’il avait reçu d’un mystérieux vieil homme en échange d’un peu d’eau. Le jeune garçon, chaque jour, partait de son travail avec sa jarre pleine de cette fabuleuse eau, qu’il distribuait à ceux qui en avaient le plus besoin. Le vieil homme était triste et fatigué ; il vivait seul et dénué de tout. En pensant à ce vieil homme, Yon but une gorgée de ce thé et fut surpris du goût si délicieux, avec comme conséquences, une impression étrange que le temps s’accélérât et ralentît simultanément, un état calme et serein soudain, une concentration plus forte et une perception accrue des sons que faisait le bruit du vent, des pas des gens dans la ruelle, des mouches qui volaient, sa respiration, sa température, les battements de son cœur, les courants d’air parcourant sa peau… Puis, il retrouva ses esprits et se rendit compte que la théière n’était plus à sa place. Il l’avait pourtant posée à droite et là voilà à gauche. Cette mystérieuse expérience laissa des traces, elle venait chaque jour et chaque nuit attiser sa curiosité, qui était déjà plus grande que la moyenne des autres enfants de son âge. Yon se répétait sans cesse : « Pourquoi une théière, changerait-elle de place ? ». Le temps passa et le jeune garçon inquiétaient ses parents par son comportement et ses questions bien étranges, comme le jour où il demanda à sa mère : « Pourquoi y a-t-il des esclaves et des rois ? ». Sa mère étonnée, lui répondit : « C’est pour le bien de tous, car sinon, le monde serait plongé dans le chaos et la vie serait terrible, chacun à sa place. ». « Chacun à sa place ! » Cette expression rappela à Yon sa théière qui ne semblait pas en accord avec la sienne de place. Cette explication ne satisfaisait pas Yon et sa curiosité continuait de croître.

Distrait de ses interrogations incessantes, il fit tomber devant le garde de la fontaine, une jarre d’eau qui se brisa. Yon aurait dû être frappé pour cette maladresse, mais le garde, blessé à la main droite, n’en fît rien. Il dut néanmoins, aller chercher une nouvelle jarre au marché. Arrivé près de l’échoppe du potier, Yon vit un médaillon qui retint son attention, parmi d’autres pendentifs et bracelets scintillants, dont l’artisan ventait leurs beautés. Le médaillon avait une inscription gravée et on pouvait lire le prix sur un morceau de tissus. Il demanda au potier, pourquoi faut-il qu’il ait un prix. Le potier surpris, répondit que c’est la valeur créée par mon travail et mon savoir-faire. Le jeune garçon rétorqua, que pour lui, il est trop cher et que s’il pouvait se l’offrir, il sera quand même trop cher. Devant tant d’impertinence, le commerçant se résigna et s’en alla s’occuper d’un autre client. Yon acheta chez le potier sa nouvelle jarre et repartit travailler.

Après sa journée, à remplir la fontaine, il rendit visite à sa seule amie Loa, tout en apportant de l’eau de la source, qui améliorait la santé fragile de la mère de sa jeune amie. Loa et Yon se connaissaient depuis toujours, ils vivaient non-loin l’un de l’autre et leurs mères étaient amies. Loa travaillait chez le potier, faisant toute sorte de tâches. Son père est tailleur de pierre et sa mère, à l’atelier de tissage avec la maman de Yon. Un jour, le père de Loa annonça qu’ils allaient devoir partir de leur maison, car il avait été choisi comme travailleur détaché en faveur du nouveau projet de construction. Le roi avait décidé d’édifier « Illusionum », le plus grand stade du monde, dans la mégalopole appelée « Perdus », située à 60 jours de marche de la cité. Personne ne se réjouissait, mais personne ne protestait, c’était ainsi lorsqu’on est esclave, on ne choisit pas, on obéit sans se plaindre. La veille du départ de Loa et de sa famille, Yon apporta, comme à son habitude, de l’eau dans sa jarre. Loa sortit accueillir son ami pour la dernière fois. Yon ne disait pas un mot. Loa avait l’habitude des comportements incompréhensibles de Yon et ne s’en formalisa pas. Étrangement, elle n’eut pas l’air différent des autres jours. « Pourquoi ? » Se demanda Yon. À chaque fois qu’une chose était injuste, personne ne réagissait, tous faisaient comme si de rien. Yon ressentait de la tristesse et de la colère, au point de ne plus pouvoir parler. Sa curiosité jamais au repos, lui fît remarquer que Loa était comme les autres jours, sauf un détail lui apparut. Elle ne le regardait pas dans les yeux. Yon lui dit en la coupant de regarder ses yeux. Loa surprise, fit ce qu’il lui demanda, instantanément les yeux de Loa se mirent à gonfler et une larme apparut. Loa ne pouvais plus bouger, elle était submergée par une émotion si forte, qu’elle se mit à sentir le temps s’arrêter et s’accélérer simultanément. La larme de Loa glissa le long de son visage et tomba dans la jarre. Au lendemain, Yon entendit son amie courir vers lui pendant qu’il remplissait sa jarre. Loa lui tendit sans dire un mot, un médaillon. Yon reconnut l’objet du marché, le jour où il avait maladroitement cassé sa jarre. Ils se dirent au revoir et Loa partit définitivement. Le mystère s’épaississait pour Yon…

Deux semaines plus tard, Yon de plus en plus soucieux, alla voir le potier au marché pour lui demander s’il avait des nouvelles de la famille de Loa. Dans une des ruelles du marché, un commerçant de passage remarqua le médaillon que portait Yon au tour de son coup. L’homme fort intéressé demanda, combien serait-il prête à lui vendre. Surpris ! Yon réfléchit et répondit qu’il n’était pas à vendre, qu’il était inestimable et continua son chemin. Sans nouvelle de son amie, Yon rentra chez lui. Sa voisine l’interpella pour lui dire que sa mère rentrera tard, car elle doit faire plus de travail pour acheter une nouvelle chèvre, car l’autre avait été volé durant la nuit. Yon culpabilisait, s’il avait vendu le médaillon, sa mère ne serait pas obligée de travailler si tard. Il prépara un thé à la bergamote pour se concentrer et retrouver son calme. Pendant qu’il dégustait son thé, Yon touchait son médaillon sur lequel on pouvait lire « les rois sont éternels ». « Que voulait dire cette phrase ? » Se demanda-t-il ? Il partit précipitamment chez le mystérieux vieil homme qui lui avait donné le thé à la bergamote. Yon lui demanda, le sens de cette inscription. Le vieux monsieur répondit que les rois ne meurent pas. Yon avait déjà appris que les êtres humains naissent, vivent un certain temps, puis meurent. Il hésita un instant, avant de demander à l’homme, s’il allait mourir. Le vieux monsieur confirma avec empressement et ajouta : « Plus vite cela arrivera, plus vite je serai heureux. ». On pouvait lire la stupeur et l’effroi sur le visage du jeune garçon. L’homme regarda Yon avec un sourire rassurant et expliqua que la jeunesse est pleine de vie et d’envie, mais que lorsque la vieillesse est là et que rien ne nous retient, la vie devient une souffrance insupportable. Yon prit un temps de silence avant de demander si les rois vieillissent. L’homme l’assura que les rois vieillissent comme tout le monde. Aussitôt, Yon laissa échapper ces mots : « Mais ! qu’est-ce qui les retient ? ». L’homme lui répondit : « Je ne sais pas, je ne suis pas roi. ».

Au lendemain, Yon travaillait à verser l’eau de sa jarre dans le bassin, quand il se retourna vers le garde et lui demanda de rencontrer le roi, il avait une question à lui poser. Le garde rit et dit qu’il est impossible pour Yon de rencontrer le roi. Aucun esclave n’a le droit de parler au roi, seul ses conseillers le peuvent. Yon s’offusqua et dit : « Notre chèvre a été volé, ma mère travaille le soir pour pouvoir en acheter une autre en plus de sa journée de tissage. Puisque tu es gardien, pourquoi ne travailles-tu pas ? Tu pourrais garder nos chèvres. ». Le garde se leva, les yeux grands ouverts, prêt à envoyer des éclaires, puis les plongea dans ceux de Yon, en lui disant : « Mais que crois-tu que je fasse ? Je te garde, tu es comme la chèvre, sauf que tu es celle du roi. Il faut de l’argent pour s’offrir un gardien. Le roi en a plein, il a tout. C’est comme ton médaillon, tu le gardes près de toi pour ne pas le perdre sinon tu en serais malheureux. Surveiller les biens du roi afin que chaque chose soit fait correctement et que chacun reste à sa place, c’est mon travail. ». Yon réagit en disant : « Mon médaillon m’a rendu triste et stupide, car j’aurai pu le vendre pour une chèvre et j’ai préféré le conserver. C’est comme cette fontaine, à quoi sert-elle ? Le roi fait la même bêtise que moi, au lieu de donner de l’eau aux gens, il préfère remplir son bassin qui ne retient pas l’eau. Il sépare des personnes proches, en les déplaçant pour des constructions inutiles. On finit par ne plus vouloir vivre et lui ne souhaites pas mourir. Comprend-il, qu’il est plus facile de mourir, lorsqu’on ne possède rien que quand on a tout ? ». Le garde saisit fermement le bras de Yon et lui chuchota avec les dents serrées : « Tu es fou ! Je dois t’amener en prison pour ce que tu viens de dire, tu seras condamné et tué, sauve toi ! Et ne reviens jamais. ». Yon partit de la cité et vécurent de grandes aventures…

Une phrase célèbre de Yon : une eau n’est ni pure, ni saisissable, ce que tu y déposes, à jamais elle en sera teintée.

A suivre…